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Le Taiko

Le Taiko

Cola BONNAN

Qu’est-ce que le Taiko ?

Nous vous proposons un parcours au travers des siècles d’histoire.
Le Taiko remonte en effet à la nuit des temps…

Introduction

Texte libre de droit

Après avoir accompagné depuis l’antiquité les temples, les fêtes de villages, les guerres, et certaines formes de théâtre (Nô et Kabuki), le Taiko est devenu, après la Seconde Guerre mondiale, un moyen d’expression et une forme d’art indépendante.
Aujourd’hui, il s’agit autant d’une pratique populaire et religieuse au Japon, que d’une pratique artistique à part entière, mêlant musique, danse et énergie au Japon et partout dans le monde. Des groupes de renommée internationale (Oedo Sukeroku Taiko, Za Ondekeza, Kodo…) ont modelé le Taiko d’aujourd’hui, en faisant un art complet, fort, puissant et délicat.

Plus en détail, le Taiko est à la fois un instrument et une pratique.

  • L’instrument
    L’instrument est un tambour traditionnellement utilisé dans les événements qui rythment la vie des habitants du Japon, comme par exemple les Matsuri, les célébrations religieuses, les Bon Odori, Awa Odori, etc.
    - Son nom originel est Wadaiko (tambour japonais), et Taiko (tambour), dans l’absolu, désigne toute percussion, qu’elle soit japonaise ou du reste du monde. Cependant, aujourd’hui, il est très courant de désigner les tambours japonais par le terme Taiko, et ce au Japon comme ailleurs.
    - Le Taiko peut être petit (Shime Daiko), portable (Okedo Daiko), fixe et lourd, creusé dans le tronc d’un Keyaki (Nagado Daiko ou Odaiko pour les gros modèles).
    - Le Taiko est plus connu au travers du Nagado Daiko et du Odaiko.
    - Quand ils sont réalisés de façon traditionnelle et respectueuse de la nature et des Hommes, ils ont un son à la fois profond et puissant, mais aussi clair, léger et vibrant. Ils ont un son qui touche le cœur de ceux qui écoutent.
    - Quand ils sont réalisés selon des techniques ne respectant pas les savoirs-faires traditionnels, l’Homme et l’environnement, leur son se rapproche généralement plus d’une grosse caisse, au son lourd et sourd. Nous parlons alors de copies, pour bien distinguer l’instrument qualitatif et celui qui veut se faire passer pour un Taiko sans en produire le son et le profondeur.
  • La pratique
    Dans son approche populaire et traditionnelle pour accompagner les fêtes, le Taiko n’est pas un art en soi. Chacun peut apprendre de façon empirique à taper dessus pour faire les rythmes de la région.
    - En tant que forme d’art en soi (depuis les années 50), la pratique du Taiko est devenue une discipline exigeante et délicate, amenant le pratiquant à développer des compétences de présence à 100%. Des groupes et écoles se sont formés accompagnant généralement les apprentis dans un parcours d’intégrité exigeante envers soi-même pour arriver à intégrer et déployer cet art sur scène et, à priori dans la vie.
  • Les groupes de Taiko
    On ne présenterait pas de la même façon Brassens et Gainsbourg même s’ils sont tous les deux des chanteurs. Il en est de même pour les groupes de Taiko.
    S’ils pratiquent tous le même art, chacun le fait avec son esprit et sa créativité.
    Rien de plus frustrant pour un groupe que de se voir présenté avec la photo ou le texte d’un autre.
    - Il existe pourtant des points communs entre les groupes de qualité.
    - L’art du Taiko nécessite de déployer l’ancrage du bassin (Tanden).
    - Il nécessite de déployer son énergie et sa présence à 100% de chaque instant.
    - L’instrument est le reflet de l’âme de celui qui joue. S’il est triste, c’est la tristesse que l’audience recevra. S’il est joyeux, ce sont des dynamiques vivantes que vivra le public. Le Taiko n’est donc ni un art joyeux ou dynamique ou agressif ou triste.
    Cela dépend des pratiquants, donc du groupe et du travail qui y est réalisé. Dans une vision qualitative et exigeante, cet art implique une certaine discipline de vie qui dépasse le cadre de la scène et des répétitions. Certains groupes intègrent cette dimension dans leur pratique (on parle alors de travail du savoir-être), d’autres non, se focalisant généralement plus sur la technique de jeu.

Aller plus loin dans la description générique enlèverait toute la richesse de chaque pratiquant. On pourrait parler de rigueur et de cadre, mais certains de groupes (dont nous) ne se reconnaîtraient pas. On peut parler de discipline sportive, ou musicale, ou énergétique, ou tout cela ensemble. Chaque groupe se reconnait sur l’un de ces points, mais pas forcément sur tous.

Les origines

La mythologie japonaise énonce la naissance de ce qui est devenu le Taiko. En voici un extrait tiré du site www.shumeitaiko.org.

« Il était une fois, à une époque si lointaine que de mémoire d’homme, on n’en a plus de souvenir, que le dieu des tempêtes, Susanowo-no-Mikoto quitta sa demeure des mers et commença à ravager la terre. Sa rage bouleversa tellement sa sœur, la déesse du soleil Ameterasu Ohmikami, qu’elle s’enfuit dans une caverne, faisant rouler un rocher sur l’entrée et jurant de ne plus jamais se montrer.

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Le monde tomba dans l’obscurité et les démons qui étaient cachés surgirent et se mirent à roder librement sur la terre alors plongée dans une nuit éternelle.
Sachant que toute vie était condamnée sans la présence d’Ameterasu Ohmikami, les dieux du Ciel et de la Terre s’assemblèrent près de l’ouverture de la caverne. Ils discutèrent. Ils implorèrent. Ils menacèrent. Finalement, ils essayèrent d’enlever le rocher qui obturait l’entrée de la caverne, mais Ameterasu Ohmikami ne voulut pas quitter son refuge. Toute la création semblait condamnée.

Ceci dura jusqu’à ce qu’Ame-no-Uzume-no–Mikoto, une petite déesse toute ridée par l’âge et par son habitude de sourire, arriva parmi les autres dieux et déclara qu’elle pouvait amadouer Amaterasu et l’amener à quitter la caverne. Les dieux les plus puissants la regardèrent et ricanèrent.

Ame-no-Uzuma-no-Mikoto leur sourit puis se versa le saké d’un énorme tonneau, se mit ensuite dessus et commença une danse effrénée. Ses pieds tapant bruyamment, lourdement, frénétiquement firent un vacarme tel qu’on n’en avait jamais entendu auparavant.
Le rythme était si vif, si contagieux que bientôt les autres dieux furent pris dans ces manifestations orgiaques et commencèrent à danser et aussi à chanter.
La musique remplit la terre et la célébration devint si bruyante qu’Ameterasu Ohmikami jeta un coup d’œil hors de son repaire et voyant des visages joyeux, donna de nouveau sa lumière à la terre.
C’est ainsi que la lumière d’Amererasu Ohmikama revint sur terre, que Susanowo-no-Mikoto fut bannie et que naquit la musique Taiko.

Voici donc ce que raconte une des variantes d’une vieille histoire qui a son origine dans le Nihon Shoki, chronique datant des 7e et 8e siècles après J-C. Il s’agit d’un pur mythe. La vérité, c’est que le Taiko a le pouvoir d’apporter la joie et d’apaiser la colère. Et, selon la philosophie de Shumei concernant l’art, cela donne au monde de la lumière.  »


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« Comme toutes les traditions des percussions trouvant leur origine dans les sociétés primitives, le Taiko célèbre presque tous les aspects de la vie, de la naissance à la mort.
Les tambours Taiko excitent les troupes et intimident l’ennemi sur les champs de bataille, paradent dans les rues des villages pour appeler leurs habitants à des fêtes ; on en joue lors de cérémonies présidant à la plantation du riz, leurs sons tonitruants font fuir les insectes et éveillent les esprits de la pluie.

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Dans certaines traditions bouddhistes, le roulement du tambour représente la voix de Bouddha et devant les autels Shinto, il accompagne la prière adressée aux Cieux.
Non seulement le Taiko transcende la frontière entre les hommes et les dieux, mais sert aussi à poser des frontières ici, sur terre.
Dans l’Ancien Japon, la distance de laquelle, depuis le temple d’un village, on pouvait entendre le tambour Taiko déterminait les limites d’une ville. À l’évidence il était bénéfique, pour une ville, d’avoir un gros tambour.
 »

La modernité

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  • Daihachi Oguchi

Après la seconde guère mondiale, après avoir adopté fortement la culture occidentale, le japon se tourne à nouveau vers ses traditions.
En 1951, un batteur de Jazz nommé M. Daihachi Oguchi, crée le premier groupe de Taiko, le premier style kumi-daiko.
Il assemble différents Taikos, de différentes tailles de façon à obtenir plusieurs sons, des graves aux aigus et place le Taiko sur la scène.
C’est le début des groupes et des concerts de Taiko. C’est le début d’une nouvelle forme d’expression artistique. M. Oguchi passa ensuite sa vie à déployer le Taiko, au Japon et aux USA pour l’essentiel. On lui doit la création d’un nombre impressionnant de groupes et écoles.


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  • Oedo Sukeroku Taiko

En 1959, était créé le groupe Yushima Tenjin Sukeroku Daiko sous les auspices du temple Yushima Tenjin. Influencé par les rythmes Edo-bayashi, ce groupe de 4 personnes (Yoshihisa Ishikura, Yutaka Ishizuka, Seido Kobayashi, et Motoei Onozato) continue aujourd’hui d’exister. Cependant, les personnes qui le composent ont changé.
M. Seido Kobayachi décida de créer son propre groupe nommé Oedo Sukeroku Taiko.
Ils développèrent un style fluide, avec un fort sens scénique, qui sera le socle d’un nombre incalculable de groupes aujourd’hui.
Leur répertoire est aussi repris par beaucoup de groupes dans le monde et notamment aux États-Unis.
Nous avons appris notre technique du Taiko de l’une des personnes issues de ce groupe ainsi que de M. Seido Kobayachi lui-même.
- Depuis, nous avons créé notre propre style, indépendant de Sukeroku Taiko.

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  • Seiichi Tanaka

En 1969, M. Seiichi Tanaka se forma entre autres dans le groupe Oedo Sukeroku Taiko, et développa le Kumi-daiko aux États-Unis. Il fonda le groupe San Francisco Taiko Dojo et donna naissance au Taiko américain.








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  • Za Ondekoza

En 1969 aussi, M. Tagayasu Den fonda Za Ondekoza sur l’ile de Sado au Japon.
Ondekoza créa une nouvelle façon de travailler le Taiko. L’ensemble de ses membres vit en communauté, et expérimente le Taiko comme un engagement et une façon de vivre globale. Ils sont engagés dans la voie du Taiko.
Entrainement rigoureux et marathons quotidiens font partie de la vie de la communauté.
Za Ondekoza est connu pour avoir popularisé le Taiko dans le monde entier.
Le groupe se divisa et donna naissance à Kodo en 1981.

Kodo est aujourd’hui perçu comme l’un des groupes les plus connu en dehors du Japon.
Ils vivent en communauté sur l’île de Sado et suivent un entrainement physique et psychologique digne des entrainements militaires.
Il aida ainsi au développement du Taiko en aux USA, au Canada et en Europe.

Ces trois initiatives, celle de M. Daihachi Oguchi, puis de Oedo Sukeroku et enfin de Ondekoza ont donné naissance au Taiko moderne.
Au statut d’instrument de scène de niveau international, diffusant dans le monde sa force et sa vibration.

Aujourd’hui

Aujourd’hui, le nombre de groupes existant aux Japon est estimé à environ 6 000. Quant aux États-Unis, ils seraient environ 300 dont quelques un de niveau international faisant des tournées allant jusqu’au Japon.
Enfin, en Europe, le mouvement démarre tout juste depuis le début des années 80 et compte moins d’une cinquantaine de groupes dont beaucoup en Angleterre.

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Journée portes ouvertes le 9 septembre, rentrée des cours le 19.